Auteur de "11 septembre 2002", le jour où le Monde a basculé" publié début 2003, je ne peux m'empecher de revenir sur les attentats aux USA, un an après le drame.1. "Le 11 septembre, un an après", qu’est-ce qui a changé réellement ?
Pour la première fois, le territoire américain a été attaqué. Il s’en est suivie une psychose, soigneusement entretenue par le président Bush et son équipe et une déclaration de guerre au terrorisme dans le monde. Cela a créé un sursaut compréhensible de patriotisme mais a été exploité sytématiquement par le pouvoir américiain : toute personne, groupe ou pays suspecté de terrorisme est considéré comme ennemi et doit être éliminé. C’est la politique du soupçon ! Ce qui est frappant, c’est de voir qu’a part une poignée d’intellectuels,personne ne s’est véritablement interrogé aux USA sur les causes du 11 septembre qu’il faut resituer dans le cadre plus général d’un antiaméricanisme croissant. Ces causes sont complexes. Parmi les plus immédiates, citons le conflit israélo-palestinien, le soutien inconditionnel de Bush à Ariel Sharon, sa décision de récuser l’Aurité palestinienne et son chef Arafat et l’alibi fourni par Bush d’un guerre tous azimuts contre le terrorisme, la guerre du golfe, etc.. La doctrine Bush est basée sur la défense des intérêts supérieurs américains, ou de la perception qu’en a son gouvernement, au mépris des lois, des accords co-signés par les Américains, des droits de l’homme...
L’excès de médiatisation a focalisé l’attention du monde entier, et des politiques en particulier, sur le drame de "cespauvres Américains" au détriment d’autres points chauds du globe, le problème du Cachemire, du Soudan et de nombre de pays arabo-musulmans, africains, sud-américains et du problème plus général de la pauvreté coissante dans le monde, qui n’est pas non plus sans rapport avec le 11 septembre.
Il est difficile d’affirmer que le monde arabe a été la première victime du 11/09. Certes, il a été mis en cause, mais cela a obligé la plupart des leaders religieux et politiques du monde arabo-musulman à prendre une position sans équivoque contre le terrorisme et à déplorer les victimes innocentes du 11/09. Dans une certaine mesure, on peut même dire que cela a obligé, pour la première fois, ces leaders et les intellectuels à poser le problème de l’Islam face à la modernisation. On assiste à la naissance d’un courant qui ne concerne pas seulement les états laics comme la Turquie ou la Syrie, mails l’ensemble des pays musulmans qui font face à la montée d’un extrémisme qui s’alimente aux sources de l’extrême pauvreté, au chômage des jeunes.
Il était inévitable c’est que les Etats Unis, qui prétendent de plus en plus gérer le monde et lui imposer leur culture, aient été les victimes désignées pour un attentats de style nihiliste, spectaculaire et qui frappe l’opinion mondiale. C’est le combat de David contre Goliath, ou, plutôt la démonstration d’une secte qui n’a pas grand chose à voir avec la religion enseignée par le Coran. L’absence de Bush au sommet de Johannesburg, son refus de signer le protocole de Kyoto montrent à quel point il se désintéresse de tout ce qui n’est pas directement utile à l’Amérique, et à court terme. La responsabiité du pouvoir américain dans l’ignorance ou l’indifférence devant les avertissements de ses services de renseignements, n’a entrainé aucune sanction.
L’action américiaine en Afghanistan est un succès en apparence, et à beaucoup d’égards un échec. Si la stratégie avait été, depuis le début, d’envoyer des troupes au sol, il aurait été sans doute facile d’arrêter Ben Laden et le mollah Omar, entre autres. Or le pays n’est pas pacifié, les principaux dirigeants d’Al Qaïda courent toujours, les bombardements ont été intensifs, et on ne sait pas vraiment si les populations civiles n’en ont pas été les principales victimes et les talibans reviennent.
Soulignons la terrible responsabiité de la politique américaine, l’absence d’autorité et de moyens de l’Europe. Peu nombreux sont les intellectuels compétents qui ont analysé les causes du drame, qui est une comète dont la queue n’a pas fini de nous surpendre. Les politiques sont pris par les élections, par la gestion du quotidien, par la remise en cause de la mondialisation, des Nouvelles Technologies. Le débat me parait clos avant même d’avoir commencé.
La nécessité de comprendre ce fait, qui n’était certainement pas un fait divers, m’a conduit à faire une enquête sur Internet auprès de 20 000 personnes, leaders politiques, chefs d’entreprise, syndicalistes, journalistes, leaders d’opinion, hauts responsables religieux dans 110 pays du m.onde. Les questions posées était les causes et les leçons à tirer des événement du 11/09. Plus d’un millier de réponses m’ont permis d’essayer d’en tirer une synthèse et de m’efforcer de percevoir comment ses événements ont été vécus et compris par des peronnalités aussi différentes par leur culture, leur religion, leur philosophie, leurs activités dans la société.
Le résultat est passionnant quant à l’analyse, la réaction, mais inévitablement pauvre en ce qui concene les leçons à tirer. Mon espoir est que cette remise en cause individuelle et collective chemine lentment mais sûrement dans les consciences et les institutions.
On peut affirmer sans se tromper que d’autres événements tragiques se préparent, malgré certaines mesures prises de lutte contre les organisations terroristes internationales. Car les mesures concernant les causes profondes, elles, ne font pas l’objet d’un consensus : établissement d’un Etat palestien, lutte contre la pauvreté, développement, lutte contre le chômage. Le seul Etat capable de réagir, comme vous le dites, c’est l’Europe. Mais elle met trop de temps à exister sur l’essentiel.
La prise de conscience des Américains du double échec militaire en Afghanisatan et en Irak, les terribles conséquences qui sont nées des erreurs de Bush en favorisant l'émergence d'un terrorisme mondial, les tensions ainsi créééesz entre le monde occidental et le monde arabo-musulman, sont sésormais des données avec lesquelles le prochain Président français va devoir travailler